Avec des taux de crédit à 3,95 % en moyenne sur 20 ans en mars, voire moins, contre 4,20 % en novembre 2023, certains emprunteurs pourraient être tentés de faire racheter leur crédit par une banque concurrente.

L’objectif : faire baisser la mensualité de leur prêt, par exemple pour gagner du pouvoir d’achat, ou réduire la durée de leur emprunt, avec un gain financier à la clé.

Mais des règles doivent être respectées afin que l’opération soit rentable pour l’emprunteur. Les conditions ne sont pas encore réunies aujourd’hui. Voici pourquoi.

 Des critères à respecter

Pour que le rachat de crédit soit intéressant financièrement, des critères doivent être respectés, selon les courtiers.

  • Être dans le premier tiers de remboursement de son prêt ou au début du deuxième tiers. Il s’agit de la période où l’on paye le plus d’intérêts. Plus la durée restante est élevée, plus le gain financier sera important. « À l’inverse, plus le temps passe, plus la part d’intérêts à payer diminue, et donc moins l’opération est rentable », remarque Cécile Roquelaure, directrice des études du courtier Empruntis.
  • Avoir un capital minimal restant dû. Le montant restant à rembourser à la banque doit être au minimum de 70 000 €. « Les banques ne rachètent pas de financement inférieur », indique-t-elle. Plus le capital restant dû est élevé, plus le gain est élevé.
  • Avoir un écart suffisant entre les deux taux de crédit. L’écart entre le taux de crédit actuel et le taux du nouveau crédit sur la même durée de prêt doit être de 0,70 ou 1 point au moment du rachat.

 

Des frais à prévoir

Faire racheter son crédit par une autre banque que celle qui le détient aujourd’hui n’est pas neutre administrativement, puisqu’on change d’établissement bancaire (ce qui implique d’y domicilier ses revenus, etc.).

Comme il s’agit d’un nouveau crédit, cela génère des nouveaux frais de dossier (entre 500 € et 1 500 € selon la banque) et de garantie (entre 1 000 € et 3 000 € en fonction du montant du crédit).

Dans le contexte actuel, pas d’intérêt financier

Les taux de crédit étant encore élevés, le rachat ne s’avère pas intéressant aujourd’hui : « Si vous avez emprunté à 4,40 % sur 20 ans, il faudrait que le nouveau taux proposé soit à 3,4 %, ce qui n’est pas encore le cas », observe Maël Bernier, directrice de la communication du courtier Meilleurtaux.

 Le risque même de perdre de l’argent !

Pour un prêt de 220 000 € sur 20 ans, à 4,45 % (hors assurances) souscrit en novembre 2023 et renégocié en mars 2024 à 3,95 %, vous perdriez 1 588 €, selon Meilleurtaux.

Il faut en effet absorber les nouveaux frais et garantie générés, les indemnités de remboursement anticipé du crédit que la banque peut demander…

 Et renégocier son crédit avec sa banque ?

Il est possible de renégocier avec sa banque les conditions de son prêt. Elle accorde en quelque sorte un geste commercial. « Dans ce cas, il n’y a pas de facturation d’indemnités de remboursement anticipé et pas de frais de garantie », détaille Cécile Roquelaure.  « Par contre, il y a des frais de dossier à payer, négociables ou pas, dont le montant peut être important, lié au fait que la banque doit refaire un tableau d’amortissement, etc. La marge de manœuvre pour l’emprunteur est moins importante qu’en cas de rachat de crédit. La banque acceptera moins de renégocier le taux, car elle perd de l’argent. »

Dans le contexte actuel, les établissements bancaires recommencent tout juste à marger lorsqu’elles accordent des prêts. « Quand la banque vous a accordé un prêt à 4,40 %, c’est qu’elle-même a emprunté l’argent à des conditions élevées », remarque-t-elle.

Pour un prêt accordé à 4,40 %, il faudrait que le taux proposé soit au moins à 3,7 %. « Il va falloir attendre encore un peu… », souligne-t-elle.

Attendre les prochaines baisses de taux

De l’avis des courtiers, la baisse des taux de crédit va se confirmer dans les prochains mois ou en tout cas leurs niveaux vont se stabiliser au regard de la relative stabilité de l’OAT 10 ans (sur lequel les banques ses basent en partie pour déterminer les taux de crédit destinés aux particuliers) et de la baisse à venir des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE).

« Quand les taux vont être en moyenne à 3,5 %, toute la génération des crédits de fin 2023 aura intérêt à se faire racheter », remarque Maël Bernier.

De plus, même si faire racheter ou renégocier son prêt maintenant pourrait dans certains cas générer un intérêt financier, ce serait se priver d’un gain plus important quand les taux seront plus bas, car « on ne peut pas renégocier tous les jours son crédit avec sa banque ! Au mieux une à deux fois au cours de son prêt », affirme Cécile Roquelaure.

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